S’il y a un lieu qu’il nous tardait de voir en venant au Pays basque, c’est bien Iraty (aussi orthographié Irati en basque) et son immense forêt de hêtres. Ce bois millénaire à cheval sur la France et l’Espagne pour ses neuf dixièmes constitue la plus vaste forêt de hêtres d’Europe occidentale et s’étend sur 17 300 hectares. Encore largement sauvage et presque vierge de toute présence humaine, la forêt d’Iraty est une invitation au silence et à la contemplation. Plongée dans un univers onirique qui recèle bien des mystères…

Iraty, la forêt mythique du Pays basque

Longtemps inaccessible – elle ne fut reliée par la route qu’en 1964 – la forêt d’Iraty est intrinsèquement liée au Pays basque. Depuis des millénaires, des hommes s’y sont établis comme en témoigne la présence de cromlechs et de dolmens au pied du pic d’Occabé (1466 mètres). La tradition pastorale est profondément ancrée dans ce territoire sauvage où les bergers font paître jusqu’à 15 000 brebis dont le lait sert à la fabrication de l’Ossau-Iraty, l’unique fromage AOP du Pays basque. Au cœur de cette zone fragile, tout un tas d’espèces animales et végétales cohabitent en harmonie : il n’est pas rare de croiser des cerfs, des chevreuils, des sangliers et des renards et, avec beaucoup de chance des loups. Du côté des arbres, le hêtre est l’essence dominante à 86% mais on trouve d’autres espèces comme des chênes pédonculés dont un spécimen vieux de 500 ans. Abondamment exploitée au cours des derniers siècles, la forêt d’Iraty retrouve peu à peu sa quiétude et se dévoile à ceux qui prennent le temps de s’y aventurer et de se laisser guider par les légendes qui raisonnent du fond des bois et où habiteraient Basajaun, le Seigneur de la forêt et des laminak, des petits êtres mi-anges, mi-hommes.

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Rejoindre la forêt d’Iraty

Pour entrevoir la cime des hêtres et pénétrer dans la forêt d’Iraty, il existe plusieurs portes d’entrée. Personnellement, nous n’avons pas pris le chemin le plus court depuis Saint-Jean Pied de Port où nous résidions le temps de notre séjour au Pays basque. La logique aurait en effet voulu que l’on emprunte la départementale 18 qui sillonne entre les coteaux et les collines verdoyantes et ainsi être sur place en moins de 45 minutes. Ladite route n’est pas désagréable à arpenter entendons-nous bien, nous l’avions d’ailleurs prise pour aller aux gorges de Kakuetta et à la passerelle d’Holzarté. Simplement, une autre route particulièrement scénique mène à la forêt d’Iraty : la D428 qui devient ensuite la D301 tout au sud d’Estérençuby. La D428 ne nous était pas inconnue puisque c’est grâce à elle que l’on a pu rejoindre le début du sentier de la tour d’Urkulu. Fascinés par les paysages qu’elle essaime au gré des virages, on n’a pas rechigné à l’emprunter de nouveau, bien au contraire !

Sur 50 kilomètres, cette magnifique route pastorale traverse le sud du Pays de Cize, une province historique de la Basse-Navarre. Partis de Saint-Jean-Pied de Port, nous croisons un nombre conséquent de marcheurs sur les premiers kilomètres : le sentier est à la fois emprunté par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle dont le but est d’atteindre l’abbaye de Roncevaux en Espagne avant la tombée de la nuit, et par d’autres randonneurs qui traversent une portion du GR10, ce sentier de grande randonnée qui traverse les Pyrénées d’est en ouest, d’Hendaye à Banyuls sur mer, en Catalogne française.

Rapidement, nous nous retrouvons seuls sur cette étroite route de montagne et faisons face à des paysages aux courbes douces d’une grande beauté. Le silence de la montagne est apaisant et le vent vivifiant. Les panoramas à couper le souffle sur les montagnes basques s’enchaînent puis au détour d’un virage, nous avons la chance d’assister à un ballet de vautours fauves au dessus de nos têtes. Arrivés à la Vierge de Baikorri ou Vierge d’Orisson, plus aucune âme qui vive en vue ou presque si ce n’est un berger et quelques randonneurs.

Sur le plateau d’Iraty-Cize…

Soudain le paysage change, les arbres se font plus nombreux et les bêtes plus rares. La météo aussi commence à se faire changeante : les nuages sont menaçants et le brouillard envahit bientôt l’horizon. Nous voilà rendus sur le plateau d’Iraty-Cize, la porte d’entrée dans la forêt d’Iraty. Le temps ne s’arrange pas et nos possibilités de randonner s’amenuisent à mesure que les éclairs se font entendre sur les crêtes du massif d’Iraty… 

Promenade dans la forêt d’Iraty

Après quelques virages en épingles, nous arrivons aux chalets d’Iraty, là où débutent les randonnées dans la forêt et où un point d’informations a été aménagé. La dame à l’accueil nous déconseille fortement de nous aventurer sur le massif d’Iraty et nous suggère plutôt de partir à la découverte de l’écosystème fragile de la hêtraie à travers une immersion dans la tourbière de Zarzagoiti. Cet habitat particulier très humide et gorgé d’eau façonne le paysage de telle sorte que seules les espèces les mieux adaptées peuvent y subsister, c’est pourquoi on rencontre un bon nombre de plantes rares et endémiques en forêt d’Iraty. A l’aide d’un fascicule et des panneaux installés tout au long du sentier, on part appréhender ce milieu complexe et méconnu qui abrite une faune et une flore riches dans une approche ludique. La balade n’est pas bien longue mais l’on touche du doigt se que l’on était venu chercher : une plongée dans la mystérieuse forêt d’Iraty.

Randonner en forêt d’Iraty 🍃
Aurez-vous plus de chance que nous niveau météo si vous passez par Iraty ? Si tel est le cas, un nombre infini de balades et randonnées s’offre à vous petits chanceux 🙂 Pour préparer vos excursions dans le massif d’Iraty, les chalets d’Iraty ont mis au point un petit flyer énumérant les sentiers de balades autour de ces fameux chalets. Vous pouvez télécharger la carte des randonnées en cliquant sur ce lien. D’autres balades partent d’un peu plus bas, au niveau du chalet Pedro comme la randonnée du col de Zurzay ou celle du sentier d’interprétation.

La promenade dans les bois achevée, c’est sur les hauteurs des chalets d’Iraty que l’on s’est ensuite dirigés dans l’espoir de débusquer de beaux points de vue sur la forêt. Le ciel étant plus couvert que jamais, on n’a pas eu droit à des panoramas sur les cimes des arbres mais à des paysages totalement embrumés. Seul le bruit des cloches vient troubler le calme absolu et nous rappelle que l’endroit n’est pas tout à fait désert puisque les troupeaux paissent inlassablement quelle que soit la météo.

Dans la brume mystique de la forêt d’Iraty

On serait bien restés encore un moment mais il commençait à se faire tard, alors on a repris la route pour rentrer sur Saint-Jean Pied de Port. Pour éviter de reprendre le même chemin qu’à l’aller, on a bifurqué à gauche pour se retrouver sur une étroite route sans marquage au sol. Après quelques minutes à rouler dans un brouillard dense, on tombe sur une autre portion de la hêtraie. Plus on s’avance et moins l’on arrive à distinguer la route. Et pour cause : cette fois la brume est parvenue à atteindre la base des arbres dévoilant un paysage mystique à souhait, digne d’un film fantastique… Cette vision en noir et blanc m’évoque les forêts impénétrables du Japon et celles peuplées de redwoods sur la côte ouest des Etats-Unis. Quel spectacle magique et irréel…


Et vous, vous connaissez le Pays basque et la forêt d’Iraty ? Faites nous part de vos impressions en commentaires !

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