A l’extrême sud de l’Italie, les Pouilles incarnent une destination de choix pour les voyageurs en quête d’une région méditerranéenne encore authentique et préservée du tourisme de masse. Dans ce territoire bordé par les mers Adriatique et ionienne, la définition de dolce vita prend tout son sens : rouler sur les routes de campagne en zigzagant à travers les parcelles d’oliveraies, flâner dans des villes plusieurs fois centenaires, se  délecter des spécialités gastronomiques apuliennes, discuter avec les locaux qui parlent de leur région avec passion…. Pendant 10 jours, nous sommes partis à la découverte des Pouilles, du nord au sud, depuis les criques sauvages du Salento aux trullis d’Alberobello, en passant par les parcs nationaux du Gargano et d’Alta Murgia. Après un premier article pratique consacré à la préparation de notre road trip dans les Pouilles, place à la destination en tant que telle. Dans ce nouveau billet, nous vous dévoilons nos coups de coeur et incontournables dans le « talon de la botte » italienne — mais aussi nos déceptions, car il y en a eu quelques unes malgré tout.

 

 

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Monopoli et Polignano a Mare, sur la côte adriatique

 

Notre sélection des incontournables des Pouilles débute par deux villes célèbres du littoral adriatique : Monopoli et Polignano a Mare. Si les deux premiers jours de notre voyage dans les Pouilles nous ont un peu laissés sur notre faim (voir à la fin de l’article), nous avons vite révisé notre jugement en quittant les terres pour retrouver la côte sous un grand soleil. Nous avons tout d’abord visité le centre historique de Monopoli où les Piaggio se frayent un chemin entre les ruelles étroites et le minuscule port de pêche construit autour des remparts. La balade nous a ensuite conduits au Lungomare (front de mer) fraîchement réhabilité qui débouche sur une petite plage de galets.

A deux pas de là, la station balnéaire de Polignano a Mare surprend par sa configuration : une crique nichée en plein centre-ville, la Cala Porto, est enserrée par de hautes falaises sur lesquelles ont été érigées des constructions. Ce spot est l’un des plus photographiés des Pouilles, et on comprend pourquoi car le décor est idyllique et invite à la flânerie dans la vieille ville de Polignano a Mare, lunettes de soleil sur le nez et glace artisanale à la main. Ou peut-être que vous opterez comme nous pour une autre pause gourmande si vous arrivez à l’heure du déjeuner : dévorer une pizza préalablement commandée au resto du coin bien installés sur les rochers qui font face aux maisons perchées à flanc de falaise. Juste avant de descendre les marches qui mènent à ce spot, on a salué la statue de Domenico Modugno, chanteur célèbre de Volare et natif de Polignano a Mare.

 

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Le parc national du Gargano, l’éperon de la botte italienne

 

Le Gargano est l’une des belles surprises de ce voyage dans les Pouilles ! Plus vaste parc national d’Italie, le promontoire du Gargano offre des paysages bien différents du reste des Pouilles et abrite une grande diversité d’espèces animales et végétales au point d’être qualifié de « jardin botanique » des Pouilles. Entre côte superbe et le massif montagneux, les points d’intérêt sont nombreux dans cette zone située au nord des Pouilles. De Mattinata à Vieste, la « capitale » du Gargano, la côte déroule des paysages spectaculaires le long d’une des plus plus belles routes d’Italie. Les plages baignées par les eaux turquoise de l’Adriatique sont surplombées par des falaises abruptes et se révèlent plus difficiles d’accès que les plages du sud des Pouilles ― et donc plus sauvages. Si le littoral a été épargné, c’est grâce à l’inscription du Gargano sur la liste des parcs nationaux d’Italie en 1991 qui a mis un terme à la construction de nouveaux bâtiments.

 

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Le parc national d’Alta Murgia, au coeur de la campagne des Pouilles

 

Après notre parenthèse enchantée dans le Gargano, nous avons pris la direction de l’intérieur des terres, dans le centre des Pouilles, pour nous perdre dans le parc national d’Alta Murgia. Très peu fréquenté car perdu au milieu de rien, l’Alta Murgia est un territoire rural fait de champs et de vignes qui semblent s’étendre à l’infini. Fin mai, les champs étaient recouverts de coquelicots, et c’était absolument magnifique. Pour bien se rendre compte de l’immensité du parc, le mieux est de prendre un peu de hauteur dans l’un des nombreux villages perchés de la région, dont Minervo Murge. Notre regret est de ne pas avoir loué de vélos car le cyclotourisme est le meilleur moyen de parcourir l’Alta Murgia. On peut même pousser l’expérience plus loin en passant une nuit dans un agritourismo.

 

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A la lisière du parc d’Alta Murgia, on trouve des villages perchés sur des ravines (gravina en italien). Au creux de ces gorges ont été bâties des centaines d’habitations troglodytes et des églises rupestres à même la roche, qu’il est possible de visiter comme à Gravina in Puglia. L’Alta Murgia est bien souvent boudé par les touristes mais à nos yeux c’est un incontournable des Pouilles.

Visiter l’église rupestre de Saint-Michel à Gravina in Puglia
L’église rupestre de Gravina in Puglia ne se visite qu’en présence d’un guide de l’office de tourisme de la ville. C’est d’ailleurs là que s’achètent les billets. La visite peut se faire en français, il faut demander à l’office. De mémoire le tarif était de 3€ par personne. Les horaires de visite varient en fonction des jours, se renseigner à l’office de tourisme.

 

 

 

Matera, la cité des sassi

 

Matera ne fait pas partie des Pouilles mais de la province de la Basilicate voisine. Mais la visite de Matera est incluse dans bon nombre de circuits touristiques des Pouilles puisqu’elle est située tout près de la frontière entre les deux régions. Si Matera est autant plébiscitée, c’est pour son inextricable entrelacs de maisons et églises troglodytiques qui font de la capitale européenne de la Culture 2019 l’une des plus vieilles cités à être encore habitées de nos jours, à l’image de Jericho ou Alep. Evidemment, une telle renommée attire quantité de touristes qu’il est facile d’éviter en s’éloignant de l’hyper-centre. On s’est ainsi retrouvés seuls à explorer le plus ancien quartier de Matera, le Sasso Caveoso et ses habitations abandonnées dans lesquelles on rentre librement. Pour découvrir Matera sous un autre angle, nous nous sommes ensuite rendus de l’autre côté de la gorge, au Belvedere di Murgia Timone. D’en haut la vue sur les grottes et les sassi est impressionnante.

 

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La côte adriatique du Salento

 

Un peu comme dans le Gargano, la route qui longe le nord d’Otrante et relie Sainta Maria di Leuca offre des panoramas spectaculaires sur les eaux cristallines de la mer Adriatique. A la différence près qu’ici très peu de plages, voire aucune, ont été privatisées. C’est donc un vrai bonheur de pouvoir s’arrêter librement pour accéder aux nombreuses criques, grottes marines et calanques qui font la réputation de la région et attirent bon nombre d’Italiens en été. Car oui le Salento est une destination de vacances très populaire auprès des Italiens et sincèrement on les comprend ! Revers de la médaille : les routes et les plages du Salento sont noires de monde en haute saison, alors mieux vaut venir en mai/ juin ou septembre pour être tranquille. Pour en revenir à cette fameuse côte Adriatique, nous vous conseillons de ne pas manquer la Grotte de la Poésie et sa sublime piscine naturelle, Torre dell’Orso et Torre Sant’Andrea pour leurs formations rocheuses, le mignon port de pêche de Tricase Porto et le phare de Santa Maria di Leuca, le point le plus septentrional d’Italie.

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Gallipolli et son quartier des marins

 

On ne s’attendait pas à avoir un coup de coeur pour Gallipoli (la belle ville en grec) car à vrai dire nous n’avions aucune image en tête de cette ville de la côte ionienne. Et bien son centre historique construit sur une presqu’île a été un vrai coup coeur et on a pris beaucoup de plaisir à se promener dans les petites rues pavées très animées. Mais c’est sans doute d’un autre quartier, situé face à de la vieille ville dont on se rappellera avec émotion : le quartier des marins. Arrivés là par hasard après avoir garé notre voiture en amont, on a tout de suite été frappés par l’agitation qui y régnait : des hommes au visage buriné par le soleil réparaient du matériel de pêche artisanale, tandis que d’autres partaient en mer sur leurs petites embarcations à moteur. Pendant de longues minutes, on a pu échanger avec ces forçats de travail qui hélas peinent de plus en plus à vivre de leur métier, quand bien même ils sont les garants d’une pêche respectueuse de l’environnement.

 

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Le parc naturel de Porto Selvaggio au coucher du soleil

 

Imaginez une pinède de 7 hectares baignée par le soleil couchant et menant à des criques désertes surplombées par des falaises couvertes de fleurs sauvages… C’est dans ce cadre idyllique situé à quelques kilomètres au nord de Gallipoli, qu’on a vagabondé entre deux tours de guet en ruine bercés par le bruit des vagues et des oiseaux au sein du parc naturel de Porto Selvaggio. Il était déjà tard quand on est arrivés sur place donc se baigner n’était pas envisageable mais en été ça doit être un pur bonheur ! Si vous avez un peu de temps devant vous, n’hésitez pas à emprunter le sentier côtier qui relie la Torre dell’Alto à la Torre Uluzzu, à pied ou à vélo, et de marquer un arrêt de temps à autre pour faire trempette et explorer les grottes marines qui jalonnent le parc de Porto Selvaggio. Infos et trace GPS ici.

 

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Otrante, la porte de l’Orient

 

Direction la côte adratique du Salento pour découvrir Otrante (aussi orthographiée Otranto) et son magnifique centre-ville fortifié, son port de plaisance et sa promenade du bord de mer si photogénique. De là, l’Albanie n’est qu’à 70 kilomètres d’où le surnom d’Otrante. Mais c’est un autre lieu d’Otrante abritant un trésor extraordinaire qui nous a définitivement conquis alors même qu’il semble encore méconnu. Il s’agit de la cathédrale d’Otrante, ou plutôt du parvis de la cathédrale recouvert d’un sol en mosaïque presque intact achevé en 1165. Cette oeuvre monumentale représente des scènes bibliques et de la mythologie du Moyen-Âge inspirée par le quotidien des habitants des Pouilles. Dans un autre genre, la chapelle est aussi à voir : elle accueille les restes des 800 martyrs massacrés par les Ottomans en 1480 pour avoir refusé de se convertir à l’islam. L’empilement de crânes est un peu glauque et rappelle les catacombes ou l’ossuaire d’Evora, alors âmes sensibles s’abstenir.

 

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Nos déceptions dans les Pouilles

 

On l’évoque rarement sur le blog mais il nous arrive parfois d’être déçus lors d’un voyage parce qu’on avait une vision idéalisée de certains lieux. Et bien c’est ce qui s’est passé dans les Pouilles, mais rien de bien méchant rassurez-vous. On vous a dressé la liste de ce que nous avons le moins apprécié au cours de notre road trip. D’ailleurs si vous aussi vous avez essuyé des déceptions dans les Pouilles, n’hésitez pas à nous en parler en commentaires. Notez bien sûr que notre avis n’est pas à prendre au pied de la lettre.

 

― Le village d’Alberobello

 

Alberobello est connu dans le monde entier pour abriter la plus grande concentration de trulli (trullo au singulier), des maisons à toit conique typiques des Pouilles classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pourtant nous n’avons pas eu de coup de coeur pour ce village aux allures de Disneyland où se presse une foule déversée par cars entiers dès 10 heures du matin. Nous avions pris nos précautions en arrivant vers 8 heures pour éviter ce « problème » car rien de tel que les flots de dizaines voire de centaines de personnes amassées dans les ruelles pavées pour vous gâcher la visite. Non ce matin-là nous étions quasi seuls à déambuler dans les artères d’Alberobello. Première déception : Alberobello n’est pas un village comme le laissent à penser les images d’Epinal mais une ville dont seul le centre est composé de trulli. Autre désillusion : les plus jolis trulli ont été transformés en boutiques à touristes qui vendent en grande majorité des souvenirs made in China et les écriteaux invitant à y entrer sont rédigés en anglais. On est bien loin de la destination authentique vantée un peu partout. Les trulli moins touristiques, ceux qui se trouvent dans le quartier de Aia Piccola ont pour beaucoup été transformés en Airbnb ou chambres d’hôtes… Bref le tourisme de masse est bien présent dans le « village » le plus emblématique des Pouilles. Pour finir, il n’y a pas besoin d’aller à Alberobello pour voir des trulli car beaucoup sont disséminés dans la campagne de la vallée d’Itria, au bord des routes.

 

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― Lecce

 

Lecce est réputée pour abriter une quantité impressionnante de monuments et d’églises de style baroque pugliese, si bien qu’elle a été surnommée la « Florence du sud ». Sauf que pour être allée à Florence, j’ai trouvé la comparaison malheureuse. Le centre de Lecce est agréable à arpenter mais la plupart des bâtiments sont fermés à la visite ou payants. En plus le jour de notre passage, la basilique Santa Croce, l’édifice religieux le plus célèbre église de Lecce, parait-il joyau de l’art baroque était en rénovation. La faute a pas de chance me direz-vous… Malheureusement la déception ne s’est pas estompée au fil de la journée car les villas baroques, églises byzantines, et palais Renaissance semblent tomber en décrépitude faute d’entretien. Pour finir, le petit centre historique mériterait d’être fermé à la circulation pour devenir piétonnier, ce qui n’est pas le cas. En résumé, une demi-journée grand maximum suffit pour découvrir Lecce si l’on est pas un fan absolu d’architecture baroque.

 

― Les villages blancs

 

Visiter les villages blancs (Ostuni, Cisternino, Locorontodo) est considéré comme un incontournable des Pouilles. Mais comme pour Alberobello, nous n’avons pas eu de coup de coeur pour ces bourgades surplombant les champs d’oliviers de la vallée d’Itria. Les façades blanchies à la chaux et les ruelles pavées sont jolies mais loin d’être exceptionnelles pour qui s’est déjà baladé dans les villages classiques d’Europe du sud. Sans parler là encore du manque d’entretien des bâtisses dont certaines semblent avoir été laissées à l’abandon. Notre déception s’explique t-elle aussi par la météo capricieuse ? Possible…

 


 

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