La Rennie Collection, un musée d’art contemporain gratuit à Vancouver

rennie collection museum

Vancouver n’est pas réputée pour être une ville franchement bon marché, ni pour être très dynamique dans le secteur culturel, à la différence de Toronto ou Montréal. Alors, quand on peut contrer ces deux points noirs en visitant un musée qui renouvelle ses collections régulièrement et tout ça sans débourser un seul centime, on fonce! Tout cela est rendu possible grâce au Rennie Museum, dont la visite se fait sur réservation uniquement. Et le top du top, c’est que la visite est guidée (en même temps c’est obligatoire).

Le Rennie Museum se trouve au coeur de Vancouver, dans le quartier historique de Chinatown, que l’on peut d’ailleurs observer depuis le rooftop. Le bâtiment qui abrite le musée est le Wing Sang Building, le plus ancien de Chinatown (1889).

La généreuse contribution d’un mécène de la ville

Le musée tire son nom de son propriétaire, Bob Rennie, un spécialiste du marketing de l’immobilier surnommé le « roi de l’appartement » à Vancouver, et fondateur de Rennie Marketing Systems. On lui doit notamment la réalisation du Village Olympique édifié à l’occasion des JO d’Hiver de Vancouver de 2010. Au fil des années, Rennie a acheté plus de 1400 œuvres de 200 artistes différents. Il s’intéresse tout particulièrement aux travaux traitant des thèmes qui lui sont chers : la question de l’identité, de l’injustice sociale, de l’appropriation, la peinture et la photographie. Même si sa collection a depuis acquis beaucoup de valeur, il n’en a vendu que 5 au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, une partie de ces pièces est exposée dans les plus grands musées du monde : le Centre Pompidou, le Musée Guggenheim de New York, le Metropolitan Museum of Art, ou bien encore la Tate Modern Gallery.

Un petit musée d’art privé étonnant

A la différence de la Vancouver Art Gallery (VAG), plus grand musée de l’Ouest canadien, les artistes exposés à Rennie ne sont en général pas très connus. Du coup, les collections ne sont évidemment pas du même calibre, mais après plusieurs visites à la VAG, les œuvres exposées à la Galerie se sont révélées assez décevantes pour nous autres Européens.

La façade de la Vancouver Art Gallery parée aux couleurs de la France lors de l’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015

Le Rennie Museum est certes petit, mais on a trouvé que c’était chouette de pouvoir faire une sortie culturelle qui nous permettrait de découvrir de nouveaux artistes, et surtout qu’on nous explique la signification de leurs œuvres étant donné que la visite est guidée. Il faut dire qu’à la base, on n’est pas vraiment fans d’art contemporain, probablement parce qu’il nous manque souvent les clés pour comprendre ce que l’artiste a voulu exprimer à travers sa réalisation.

C’est donc enthousiastes que l’on s’est rendus au Rennie Museum, non sans avoir préalablement réservé notre créneau. Car le musée n’est ouvert aux curieux que deux à trois fois par semaine et sur réservation uniquement.

Des œuvres éclectiques exposées à la Rennie Collection

Rennie aime exposer ses dernières acquisitions, c’est pourquoi les collections changent plusieurs fois par an. Lors de notre visite, on a eu droit à un dromadaire en taille réelle, aux portraits des auteurs de la tuerie de Columbine et à des installations rendant hommage aux Noirs américains militant pour leurs droits, entre autres. Les 56 installations étaient articulées autour du thème Chaos.

La salle d’exposition du rez-de-chaussée est parfaite pour les petites pièces comme des photos ou des peintures ou alors un énorme dromadaire!

Le travail de l’artiste américan John Baldessari, intitulé Camel Contemplating Needle (Dromadaire contemplant l’aiguille), est un dromadaire grandeur nature en fibre de verre qui fixe avec perplexité une aiguille géante — une référence à un passage du Nouveau Testament affirmant qu’il est plus facile pour un dromadaire de traverser le chas de l’aiguille qu’à un riche d’accéder au Paradis. Plutôt ironique si l’on considère la fortune personnelle de Bob Rennie.

Un peu plus provocant le tableau de Jota Castro nous rappelle que les motherfuckers ne meurent jamais, car il y a toujours quelqu’un prêt à les remplacer. Les motherfuckers dont il est question ici sont les terroristes des attaques du 11 septembre sur le panneau noir, et sur le rose les dirigeants des multinationales.  La guide nous explique qu’en nous faisant partager son opinion, Castro ne nous fournit aucune solution. En fait, il nous encourage à nous poser les questions qui créeront le changement. Un peu alambiqué comme explication, on vous l’accorde.

Un petit escalier grimpé plus tard, nous voilà devant le panneau géant I Belong Here de Tavares Strachan, new-yorkaise originaire des Bahamas.

Le deuxième étage est constitué de plusieurs salles avec notamment la fresque monumentale de Tim Rollins et K.O.S., Animal Farm 92, dont le titre fait référence au roman de George Orwell. Les hommes de pouvoir de notre époque y sont caricaturés sous des traits animaliers. On vous avoue qu’on ne les a pas tous reconnus, mais on a tout de même repéré Mandela, Mitterrand, Bush père, Eltsine et Castro.

Les œuvres ont parfois un côté ludique comme celle de Hank Willis Thomas et son Intentionally Left Blanc qui ne se révèle qu’une fois flashée par un appareil photo. Un panneau tout à fait banal dépeignant une foule de Noirs américains manifestant pour leurs droits civiques prend vie une fois qu’on le prend en photo avec le flash. C’est aussi à cet artiste que l’on doit Priceless #1 qui mêle le slogan de MasterCard à une photo des funérailles de son cousin.

Le thème des discriminations envers les Noirs aux Etats-Unis est présent dans d’autres installations de la galerie comme la sculpture Plain to See de Thomas J Price, une minuscule statue en bronze d’un homme noir avec sa main dans la poche. Y cache t-il une arme se demande t-on.

Juste à côté de cette statuette sont accrochés les monumentaux panneaux Bomb de Gilbert & George qui interroge sur la vie quotidienne sous la menace terroriste et des bombes et rend hommage aux 52 morts dans les attentats de juillet 2006 à Londres.

Au dernier étage, le tableau On Top of the World représentant deux jeunes Blancs assis sur un globe (la première acquisition de Rennie à l’âge de 17 ans) est entouré de deux dessins de l’artiste sud africain Anton Kannemeyer (B is for Black et W Is for White) qui explore les stéréotypes raciaux. L’homme noir est décrit comme l’opposé de blanc, sale, sans lumière, sombre, illégal, grotesque… tandis que l’homme blanc est perçu comme innocent, sans tâches, pur, brillant, anti-révolutionnaire, honnête…

La visite guidée d’une heure s’achève sur le toit du building avec une dernière réalisation, celle de l’Anglais Martin Creed et ses lettres géantes en néon EVERYTHING IS GOING TO BE ALRIGHT et en prime la vue sur Science World et Olympic Village.

On a beaucoup aimé cette visite qui nous a permis de porter un regard nouveau sur l’art contemporain. Le seul point négatif est que le commentaire se fait exclusivement en anglais, donc pas facile de suivre lorsqu’on ne maîtrise pas bien la langue.

Informations pratiques

Adresse

Rennie Collection, 51 East Pender Street, Vancouver, BC V6A 1S9, Canada

Visite

La réservation d’un créneau horaire pour assister à un tour guidé est obligatoire et se fait sur le site du musée. A votre arrivée dans la galerie, on vous demandera de signer une décharge de responsabilité. Même si ça peut paraître évidemment, le musée précise qu’en cas de dommage causé aux installations ou à la galerie, il se retournera contre vous. Attention donc si vous avez des enfants qui vous accompagnent.

Accès

En transports en commun, le métro le plus proche est Stadium-Chinatown (Expo ou Millenium Line) à seulement 7 minutes à pied.

Depuis Downtown, plusieurs bus s’arrêtent à proximité du musée, notamment le 7, le 16, et le 19.

Si vous venez en voiture, il y a plein de places de parking (payantes) pour se garer sur East Pender Street ou dans les rues adjacentes.

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